Stephen Malkmus - Face The Truth
Published by Raphaël juin 2nd, 2005 in Musique, Disques
Tout rock-journaliste digne de ce nom (pas moi donc, un autre), met dans sa chronique deux-trois références extérieures au groupe dont il parle histoire d’éclairer le pauvre lecteur forcément inculte et aux goûts mal définis (et oui c’est comme ça !).
Mais attention au paradoxe (il arrive à grande à vitesse… attention … hop le voilà ) plus le pseudo-journaliste (là c’est moi) connaît le groupe (plus il est dans son métier donc car pour informer il faut connaître) moins il ne trouve de références, de similitudes, d’influences à déballer crânement au yeux du lecteur admiratif (ouah la grosse référence !!).
Bon un petit exemple pour éclairer ta lanterne qui semble aussi froide qu’un producteur en costume blanc. Ainsi je peux dire sans peurs (remarque c’est vrai qu’il n’y rien à craindre) que j’entends du rolling stones, du velvet underground, du neil young mais aussi du led zeppelin et du black sabbath dans l’album de Black Mountain (qui est très bien, à chroniquer), pof comme ça, en entendant le groupe pour la première fois ; je peux même dire que la musique de Maxïmo Park ressemble à du Franz Ferdinand sans en avoir entendu une note (balèze, non ?). Par contre pour trouver des partenaires de jeux, des affinités musicales à Stephen Malkmus (car c’est bien de lui qu’il s’agit dans cet article, je sens que tu commençais à en douter) et ben je ne sais pas faire. A part citer Pavement peut-être mais 1- c’est un peu facile et 2- c’est même pas tellement vrai.
Et donc que je crois que c’est parce que je l’ai beaucoup écouté qu’il est devenu incomparable.
Bon c’est pas la théorie de la relativité mais ça se défend.
Mais je ne sais pas, j’ai quand même envie de comparer, ça doit être mon côté 60 millions de consommateurs.
Alors comparons !
« Avec quoi ? » me dira-tu si tu est encore là.
Ben avec du Malkmus pardi puisqu’il est incomparable.
Tiens son précédent album Pig Lib a onze titres comme le nouveau Face The Truth ça tombe bien et ça suffit pour déclencher un comparatif chanson contre chanson que ne renierai pas une bande de canards colaphiles ou cacaophiles.
Pencil Rot – Water and a Seat :
Les deux albums commencent par des titres assez libres et innovant (pour de la pop s’entend). Water and a seat surtout pour sa rythmique assez inhabituelle, tout en contre-temps et Pencil Rot qui est tout simplement un des morceaux les plus joyeusement déluré que Stephen Malkmus ait sortit depuis des années. Le morceau et l’album donc, démarre sur guitare bataillant ferme avec des synthés spaciaux et un chant moins tranquille et plus percutant qu’à l’accoutumé.
Les deux morceaux sont très bons, mais pour l’impulsion donnée et le retour à la folie je donne un petit avantage à Pencil Rot.
It Kills – Witch Mountain Bridge :
Après ce bon début, Face the truth déçoit pendant un moment. Déjà avec It Kills, guitares prog-rock en avant sans hélas une réelle bonne chanson pour cimenter le tout. Sur Pig Lib, dans le même style il y avait Witch Mountain Bridge, c’est pourquoi je les mets en concurrence. It Kills est peut-être un poil moins ennuyeuse que Witch Mountain Bridge, mais sur ce morceau, pour la première fois, je trouve que Stephen Malkmus chante mal, surtout avec ses « hé-hé-hé hé-hé-hé » .
Match nul donc, mauvais match nul même.
I’ve Hardly Been – (Do Not Feed the ) Oyster
Dans la forme I’ve Hardly Been ressemble un peu à Pencil Rot, mais bon c’est bien moins réussit, même si le petit thème à la guitare acoustique sur les couplets est sympa. Il manque un truc je ne sais pas quoi, c’est loin d’être catastrophique, mais si on le compare à Oyster on aperçoit ce qui cloche. Le côté « regardez comment je m’amuse » semble un peu forcé sur I’ve Hardly Been alors qu’il coule comme une huitre dans le gosier sur Oyster.
Oyster gagne.
Freeze The Saints – Ramp Of Death:
J’ai eu un peu de mal avec Freeze The Saint au début, je trouvais la mélodie trop mielleuse. Maintenant ça va mieux mais comparé au sublime Ramp Of Death, tout aussi délicat mais la subtilité et la mélancolie en plus, elle reste encore un peu faible.
Ramp Of Death gagne.
Loud Cloud Crowd – Sheets:
Bon à ce stade une lecture rapide peut laisser penser que Face The Truth n’est pas terrible, alors que non, pas du tout, il commence même à s’envoler à partir de maintenant.
Loud Cloud Crowd s’ouvre sur une guitare discrète une jolie mélodie accompagnée par des breaks de tom basse et enchaîne sur un refrain plus rythmé. Sheets est un peu dans le même style mais avec une pointe de folie en plus mais une moins belle mélodie.
Deux bons morceaux durs à départager, allez, va pour Sheets pour la folie et les « ha ha ha ha ha ha »
No More Shoes – 1% of One:
No More Shoes: 8 minutes, 1% of One: 9 minutes 11 secondes. Là on est dans le lourd, sortez vos guitares ça va jammer. Ca peut faire fuir certain mais pourtant ces deux titres figurent parmi les meilleurs de leur album respectif. Evidemment c’est très dur de les départager, 1% of One a un meilleur solo mais No More Shoes contient le superbe passage « All my straigth thougths … ».
Très bon match nul.
Mama – Craw Song:
« Papa est en bas qui fait du chocolat, maman est en haut qui fait du gâteau ». Et bien vous savez quoi ce morceau (Mama) a beau à chaque fois me faire penser à Fais dodo, Colin mon petit frère, il est pourtant terrible (remarquez Fais Dodo c’est terrible aussi).
En version indie, ça commence par « Mama’s in the kitchen with onions, Daddy is in the back with ?? » ou quelque chose comme ça. Soit une merveille de pop-song avec un petit gimmick récurrent à la guitare et un petit passage en falsetto.
Réconfortant comme une maman.
Craw Song est aussi une chanson pop mais assez banale donc Mama gagne.
Kindling For The Master – Dark Wave
Boîte à rythme, synthé, piano électrique et surtout pas de guitare avant la moitié de Kindling for the master (et encore pas beaucoup); une vraie révolution quoi pour Stephen Malkmus. Pour ce coup d’essai éléctronique on ne peut pas dire que c’est un coup de maître, mais ce morceau disco lo-fi aux petits accents de Money Mark (ah zut j’avais dit pas de références extérieures) est sympathique.
Moins tout de même que Dark Wave qui a l’avantage lui de vraiment faire danser.
Dark Wave gagne.
Post-Paint Boy – Animal Midnight:
Post-paint boy est titre assez tranquille mais qui montre que Stephen peut encore sortir avec flegme de parfaites œuvres d’art ; l’art étant d’ailleurs le thème de la chanson. Sur chaque album solo de Stephen Malkmus on cherche le titre qui aurait pu figurer sur album de Pavement, pourquoi pas celui-là.
Animal Midnight, avec ses différentes parties surtout dominées par la guitare et son atmosphère assez tranquille aussi ne démérite pas, loin de là, mais j’ai une petite préférence pour Post-Paint Boy.
Baby C’mon – Vanessa From Queens:
Yeah rock’n roll, bon même si on est encore loin de Guitar Wolf, Baby C’mon a un peut cet esprit et on se retrouve vite à crier “Baby C’mon�? en choeur en écoutant ce titre. Joyeux et salvateur.
Bon la comparaison avec Vanessa From Queens est un peu nulle vu l’absence de points communs, à part le fait que ce soient deux très bons morceaux. Vanessa From Queens est une ballade sexy et romantique pleine de charme mais je vais mettre un point de plus à Face The Truth sur ce coup-là.
Malediction - Us:
Face The Truth se termine sur Malediction, titre assez moyen, bon pour une face B pas plus, dommage parce que toute la deuxième partie de l’album était impeccable.
Us par contre clôturait bien Pig Lib avec un rythme légèrement bossa et un chant à deux voix délicieux.
Us gagne.
En faisant les comptes, je constate la victoire de Pig Lib, mais ce qui important c’est que Stephen Malkmus continue toujours de sortir de bons albums au fil des ans.
Cet album étant un peu plus varié, notamment dans l’instrumentation et aussi plus aventureux, il peut en plus reconquérir ceux qui trouvaient (à tort) qu’il y avait trop de guitare dans les albums solos de Stephen Malkmus.
Stephen Malkmus - Face The Truth [Domino - 2005]
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