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  • thumb_bbc5f21275fbde5e7e0f7061f9d4f51c-1713.jpgUn jour j’ai essayé d’apprendre à jouer de la guitare. Aujourd’hui je me contente de ce que je sais faire, c’est à dire pas grand chose. Mais à l’époque je déchiffrais des tablatures avec plein de lignes (enfin juste six ça sera suffisant) et plein de des numéros, et puis comme j’aimais bien les guitaristes qui en jette, je m’attaquais à des trucs plutôt balèzes. Bref, après ma période Batteur Mag, j’ai eu ma période Guitar Part.
    Ainsi, en 1994, j’achetait un numéro avec dedans Grace de Jeff Buckley. J’en ai bavé, mais à la fin, en simplifiant et en fermant les oreilles sur les kling klang squateur-de-mélodie, on pouvait presque reconnaître le morceaux. Bon tout ça était bien inutile, parce que du Jeff Buckley sans Jeff Buckley et l’organe qui va avec (sa voix bien sûr) ça donne plus grand chose.

    Inutile? Pas tant que ça, car entre deux partitions, on trouvait dans ce numéro une photo d’un type en chemise à carreaux, penché sur sa guitare et qui lui faisait subir un traitement à avoir envie d’appeler directement la SPG (Société Protectrice des Guitares). A côté, en titre de l’article de ces sous-estimés défricheurs musicaux qui bossent à Guitar Part, on pouvait lire « Pavement, The Next Big Thing ? », avec ce point d’interrogation qui indique qu’en musique il ne faut quand même pas trop se mouiller et mettre à la va vite Gay Dad album du mois par exemple ou déclarer que Day One est LE futur de la pop music. Mais à l’époque tout le monde cherchait quel groupe allait bien pouvoir prendre la place de Nirvana, et donc on fouillait un peu partout. Et oui, même chez Guitar Part.

    Cet article m’ayant fort intéressé, je … (et là vous vous dîtes, bon il nous fait chier depuis un moment avec ses histoires de guitar-zéro et ses spams Guitar Part, il va peut-être enfin commencer à parler de l’album) … ne fît rien. Enfin je n’achetais pas l’album quoi, je devais pas assez faire confiance aux magazines ou plutôt j’étais un peu trop occupé à compléter ma collection de Pixies et à commencer celle de Sonic Youth. Oui je sais : « pfff, quel nul, ça sert à quoi d’être vieux si ce n’est d’avoir vécu la révolution en marche ». Et là je dirais que quand j’ai enfin entendu du Pavement (avec Wowee Zowee en 1995), je me suis effectivement dit que j’avais perdu une année bêtement, mais c’est pas une raison pour me traiter de vieux et de faire du cyberjeunisme.

    L’industrie du disque va mal tout le monde le dit. C’est pourquoi on ressort à tour de bras de vieux disques remastérisé-redigitalisé-expended-dvdifié-cdromisé-bonusifié-restéréorisé-de-luxifié-collectorisé-digipackisé …, tout ça pour que le chaland qui achète encore rachète les cd qu’il a déjà. Ha ha, si vous croyez qu’un anti-capitaliste près de ses sous comme moi va tomber dans le panneau, alors là, vous avez complètement … raison. Faut dire que cet album est un chef-d’œuvre (voilà comme ça c’est fait, c’est dit) et qu’il y a pléthore de bonus : toutes les faces B et autres raretés, une Peel session, et 21 inédits ou versions différentes. Comment veux-tu lutter !!

    Tout d’abord pour commencer à parler de double cd (ENFIN !), un peu d’histoire pour ceux qui ne connaissent pas l’album original.
    Crooked Rain, Crooked Rain c’est, des premières notes où les instruments semblent se chercher sur Silence Kit à la coupure franche en milieu du dernier couplet de Fillmore Jive (c‘est assez perturbant d‘ailleurs d‘entendre que le cd continue après cette fin d’album pourtant parfaite),à peu près ceci :

    Silent kid dont lose your graceful tone
    This is the city life, come on
    Let’s talk about leaving

    La première chose qu’on remarque si on écoute les albums de pavement dans l’ordre (où les rééditions dans l’ordre, puisque Slanted & Enchanted a superbement été réédite l’année dernière), c’est que le son a changé sur ce deuxième album. Changement de studio et de batteur, son plus chaud et moins lo-fi, ce qui a fait dire à certain fan de pavement de la première heure que cet album était de la musique middle of the road. Mais bon ça n’a pas empêché les fan de musique middle of the road de dire que cet album était mal joué et bien trop bancal. La fin de ce premier morceau et premier hymne en est la preuve.

    Those who sleep with electric guitars
    Range roving with the cinema stars
    And I wouldn’t want to shake their hands
    Cause they’re in such a high protein land

    Une simple progression de trois accords répétée et conclue à chaque fois par un magnifique ta!, deuxième hymne d’affilé, avec une fausse fin noisy. Du pur pavement en somme.

    Stop breathin’
    Breathin’ for me now

    Le rythme se ralenti et devient ternaire pour ce titre surtout caractèrisé par le solo final tout en guitares claires. Les solos de Pavement n’étant en général pas vraiment des solos, mais plutôt des parties instrumentales dans la chanson, à la fois indépendantes et complètement dans le ton, elles sont loin d’être là pour remplir.

    Attention and fame’s a carrer
    Korea, Korea, Korea

    Le titre qui a fait dire que ça pouvait être la next big thing. Plein de ooh oh , une guitare légèrement noisy, un esprit totalement cool et léger (on dirait une pub pour un yaourt). Hélas c’est les Smashing Pumpkins qui ont remporté la palme de successeur de Nirvana. C’aurait été bien plus amusant avec Pavement, non?

    I know everybody wants to put you down
    But I know everybody’s gonna put me down

    Le morceau le plus mélancolique (entre les deux plus joyeux). Les guitares sont pleines de vibrato, et la diva de l’indie-rock (surnom donné par Courtney Love à Malkmus) s’en donne à cœur-joie.

    We got the hills of Beverly
    Let’s burn the hills of Beverly
    Walk with your credit card in the air

    Une chanson sur la californie assez délirante et rock’n roll avec un refrain à se rouler par terre et à « chanter » très fort, le tout avec un riff de guitare parfait sur les couplets et le break.

    And your the kind of girl I like
    Because your empty and I’m empty

    La chanson de pure pop la plus réussie de l’album. Trois accords, un petit côté REM avec ces arpèges, rythmique entraînante et un chant bien plus concerné et intense qu’une simple chanson pop pourrait le laisser supposer.

    Tu-tam-tu-tam–ta-ti
    Tu-tam-tu-tam–ta-to

    Un jour ils se sont dit:« et si on faisait un jazz ». Pour un groupe indie qui vient juste d’apprendre à jouer de la guitare, c’est une drôle d’idée. Et évidemment ils s’en sortent à merveille, loin du jazz-math-rock, avec un esprit Dave Brubeck mais avec plein de notes décalées (qui a dit fausses notes) au piano et à la guitare. Un instrumental très divertissant.

    Out on tour with the Smashing Pumpkins
    Nature kids, I/they dont have no functions
    I dont understand what they mean
    And I could rallye give a fuck

    Range life est un sublime morceau folk-rock qui a peut-être fait perdre des adeptes au groupe, mais en a sûrement fait gagner d’autres, c’est toujours comme ça que ça marche. Piano, guitare acoustique et guitare électrique limpide pour embellir le tout et chant sobre et posé. C’est un peu laid-back et nostalgique et une fois rentré, c’est pas près de ressortir de la cervelle, en bref une des plus belles réussite de Pavement.

    I know arcs can’t fly
    I know the sharks they dont have wings

    Après un tel monument, heaven is a truck a peu plus de mal a briller, même si cette douce ballade ne démérite pas.

    I’ve got to melt it (x10)
    Scott Kannberg est indiscutablement un moins bon compositeur que Stephen Malkmus, mais il a toujours droit a sa petite chanson dans chaque album, y’a pas de raison, vu qu’il s’en sort pas si mal. Ici la parade est simple : pas de mélodie mais un riff unique à la guitare, un chant dans un micro-téléphone et surtout un esprit totalement slaker et bordélique qui fait vraiment plaisir. Un brin de The Fall aussi.

    I need to sleep
    Why won’t you, why won’t you let me sleep?

    Pour clore l’album, quoi de mieux qu’un hymne au sommeil. Ce dernier titre est presque grandiloquent mais néanmoins sublime, surtout pour ses solos tout en montée dramatique, cassé par des complets calmes et mélancoliques.
    Goodnigth to the rockand roll era.

    Sauf qu’en fait, c’est pas fini.
    Puisque c’est le moment où arrive toute la partie augmentée.
    Les faces B ne sont pas toutes extraordinaires, par souvent trop brouillonnes et faite à la va vite, mais il faut tout de même avoir dans sa collection Raft morceaux à la basse New Order style, Coolin’ By Sound, très bon morceaux de Kannberg, le tout en douceur String Of Nashville est pas mal non plus, tout comme la reprise de REM, Camera.
    Et puis le premier cd se termine justement sur un génial morceau hommage à REM où le groupe raconte sa première exposition à la musique du groupe géorgien en 1983, suivit du cool et délirant Nail Clinic au chant approximatif peut-être, mais ça ne gâche rien au contraire.

    Le deuxième cd (25 titres jamais sortit) commence par 8 titres enregistré avec le premier batteur Gary Young avant que celui-ci ne se fasse plus ou moins viré pour alcoolisme et manque d’intérêt. Et sa commence fort puisque All My Friends est tout simplement une des meilleurs chanson qu’il m’ait été donné d’entendre cette année. Soiled Little Filly vaut aussi le coup d’être entendu, tout comme une version précoce et métal de Flux=rad.
    Ensuite on trouve des chutes de studio prise lors d e l’enregistrement de Crooked Rain. Ainsi Hands Off The Bayou est l’autre morceau inédit qui rend cet achat précieux. On peut aussi entendre des titre de Wowee Zowee en préparation comme cette version un peu plus rapide du sommet pavementien qu’est Grounded.

    Le cd se termine par une Peel session (la troisième du groupe) de 1994 pas vraiment inédite à mes oreilles, mais qui est une de leur meilleur, avec Brink Of The Clouds au final explosif, un Tartar Martyr très fun, Pueblo Domain qui sortira sur Wowee Zowee et The Sutcliffe Catering Song (en fait Easely Fooled) devinez quoi, super.

    Bon j’espère qu’avec tout ça vous êtes convaincu que ce disque est une bombe et que Pavement mérite son titre de plus grand groupe des années 9O (au moins).

    Rating: ★★★★★★★★★★


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