Blonde Redhead - Misery is a butterfly
Published by aline février 19th, 2004 in DisquesBlonde Redhead est le seul groupe à ma connaissance qui allie à la fois un succès critique unanime et une intégrité artistique exemplaire, peut-être à cause de leur timidité devant la presse. On peut même dire que leur public international a été entièrement conquis par le bouche à oreille et la qualité des concerts qu’ils donnent lors de leurs interminables tournées.
Cela faisait quatre ans que l’on attendait des nouvelles de Blonde Redhead. Quatre ans depuis le superbe Melody of certain damaged lemons, avec lequel ils avaient amorcé un assagissement, après des débuts plus noisy. Ce délai explique peut-être le choc que l’on peut ressentir à la première écoute de leur nouvel album.
Là où le groupe nous avait habitué à du son assez brut, on trouve des arrangements très élaborés avec cordes, piano, clavecin et un son très dense. On peut alors être déçu de ne pas trouver cette énergie viscérale des premiers albums, avec les fameux cris désarticulés de Kazu qui donnaient l’impression que ses cordes vocales se rompaient.
Mais il ne faut pas s’arrêter à ce stade-là. Il faut se laisser imprégner par les ambiances abouties et si fragiles distillées dans cet album. Et on se plaît à se perdre dans ces paysages émotionnels d’une richesse et d’une justesse envoûtantes. Le chant, moins spectaculaire qu’avant, gagne en subtilité, tant chez Kazu que chez Amadeo, tandis que les compositions gagnent en maturité. Les rythmiques sophistiquées forment le canevas de tableaux sonores délicatement tissés à partir d’une large palette de sons et d’instruments, tous parfaitement choisis.
L’ensemble des morceaux de cet album forme un tout à la fois varié et très cohérent. La voix frêle de Kazu, tour à tour sensuelle sur Anticipation ou mélancolique sur Magic mountain, se pose sur des atmosphères légères et scintillantes, tandis qu’Amadeo se fait plus poignant sur des ballades comme Doll is mine, Falling Man ou le bouleversant Messenger, mais jamais apathique, car appuyé par la dynamique et la richesse des rythmiques de Simone. L’incroyable Elephant woman, premier titre et premier single extrait de cet album exhale dès les premières notes un romantisme capiteux comme le parfum d’une fleur exotique. Pink Love, mélange d’urgence et de tendresse possède une intensité obsédante et ses dernières notes laissent désemparé, comme échoué sur la plage après un une tempête. Enfin le langoureux Equus, dont la rythmique disco des plus étonnantes n’est pas sans rappeler leur précédent opus, clôt cette tornade d’émotions sur une note un peu plus froide, sorte de trait d’union avec ce qu’ils ont fait auparavant. Ce qui ne fait que mettre encore plus en valeur leur nouvelle aisance, et donne l’impression qu’aujourd’hui Blonde Redhead maîtrise complètement l’expression de l’inexpressible, ce flot de sentiments qui auparavant restait indompté. Car Misery is a butterfly est assurément pour Blonde Redhead l’album de la maturité.
4AD
Release March 9, 2004
- Elephant Woman
- Messenger
- Melody
- Doll is Mine
- Misery is a Butterfly
- Falling Man
- Anticipation
- Maddening Cloud
- Magic Mountain
- Pink Love
- Equus
Rating: 








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