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  • Broken Flowers

    thumb_8634512199b10b81ecb0fe169c462ede-2078.jpgTout être normalement constitué a forcément été subjugué par l’étrange western Dead Man de Jim Jarmush. Tout être normalement constitué a été admiratif devant le talent de Bill Murray que ce soit dans Un jour sans fin ou Lost in translation par exemple. Alors quand on sait que Broken Flowers réunit les deux, chacun à sa place en plus, il y a de quoi attendre beaucoup. Cette attente est finalement l’élément le plus nocif au film qui est vraiment bon, mais sans contenter toutes mes éspérences.


    Bill Muray est Don Johnston un Don Juan (tiens je viens de remarquer la similitude des nom) sur le retour, (ex ? )informaticien fortuné. Mais un Don Juan qui n’y croit plus vraiment. C’est pourquoi, dans la première scène du film, il laisse partir sa dernière conquête Julie Delpy sans esquisser le moindre geste, alors que la télé diffuse justement un vieux film sur Don Juan. Julie Delpy part au moment où arrive une lettre anonyme et rose (le rose est la couleur centrale du film) qui lui annonce qu’il a un fils de 19 ans qui le cherche. Cette révélation lui passe au-dessus de la tête mais captive son voisin et ami ethiopien qui est tout le contraire de lui : actif, marié, cinq enfants, curieux au point de s’improviser détective. Il forcera la main à Bill, lui disant de s’intéresser un peu plus à sa vie et lui concoctera un plan de voyage et d’enquête pour retrouver la femme qui a écrit cette lettre.Ce voyage l’amènera vers Sharon Stone, Frances Conroy (la mère Fisher dans Six feet under), Jessica Lange et Tilda Swinton (plus une pierre tombale).

    Jim Jarmush fait figure d’exception aux Etats-Unis et son cinéma est à l’opposé du modèle hollywoodien. Le film est lent et très prolifique en temps morts, ces espaces qui font s’arracher les cheveux à un tâcheron du genre de Schumacher (toujours taper sur un Schumacher quand on en a l’occasion, même gratuitement), mais qui font pourtant beaucoup pour le cinéma. Le film est d’ailleurs dédié à Jean Eustache même s’il est très éloigné de la verbe hallucinante de La maman et la putain puisqu’il se base plus sur des cadrages montrant l’abattement inexpressif de Bill Murray. Plan large sur l’interieur cosy de Don Johnston et son mobilier préféré, un canapé en cuir où il reste allongé ou assis, impassible, en survetement, en train d’écouter du Marvin Gaye ou de la musique classique.

    La musique est encore une fois importante puisqu’elle semble être la voix de son voisin qui le pousse à continuer son enquête quand celui-ci ne lui téléphone pas directement pour avoir des nouvelles. Cette voix est interprétée par le cool-jazz de l’éthiopien Mulatu Astatke qui accompagne tout ses déplaçements en voiture. Le jeu des acteurs et actrices est evidemment très bon, Bill Murray s’il en fait parfois un peu trop dans la passivité relève toujours la sauce par un simple haussement de sourcil ou un léger pffff que l’on devine au coin de sa bouche. On passe finalement une bonne partie du film à guetter avec envie ces interventions minimales qui égayent le film. Les actrices ne sont pas en reste: Sharon Stone et sa fille Lolita en quête d’affection, Dora la coincée, Jessica Lange la lesbienne mystique et la colérique bikeuse. Les rencontres avec ses ex insuflent de la vie à Bill Murray et au film.

    Il manque une part de bizarerie, de poésie, et de brefs pics de violences pour rejoindre les complètes réussites de Jarmush telles que Ghost Dog ou Dead Man mais ce film reste à voir pour ceux qui aiment Jarmush et Bill Murray (pour tout être normalement constitué donc).

    Le manque de contenu du film est à l’image du personnage principal, vidé par la vie, et cette quête progressive de filiation semble être sa seule planche de salut.

    Rating: ★★★★★★★☆☆☆


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